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Eileen GRAY (1878-1976)

 

Eileen GRAY est née le 9 août 1878 à Brownswood en Irlande. Elle est la cinquième enfant du peintre James Mac MAREN SMITH et d’Eveleen POUDEN. Eileen passe son enfance entre la demeure de Browswood et celle de Kensington à Londres, dans un cadre aisé et entourée de nombreux domestiques. En 1901, elle débute ses études et entre à la Slade School of Fine Arts à Londres pour y étudier la peinture, dans laquelle elle ne reste que deux ans. Elle habite alors la maison de ses parents de South Kensington, et c’est non loin de là, au Victoria et Albert Museum, qu’elle s’intéresse pour la première fois à l’ameublement, et découvre et admire des meubles en laque.

En 1902, Eileen décide d’aller s’installer à Paris, accompagnée de deux amies artistes-peintres comme elle. Elles s’inscrivent à l’école Colarossi, rue de la Grande-Chaumière, puis très vite lui préfèrent l’Académie Julian, rue du Dragon. Seulement le dessin ne satisfait pas complètement Eileen, qui décide rapidement de s’orienter vers les arts décoratifs. Après trois ans passés à Paris, elle rentre à Londres car sa mère est souffrante. C’est là qu’elle découvre en entrant dans l’atelier d’un restaurateur de paravents en laque, M. D. CHARLES, cette matière à laquelle elle va dorénavant se consacrer.

A son retour à Paris, fin 1906, elle emporte avec elle du matériel et rencontre - sûrement sur les conseils de M. D. CHARLES - un japonais nommé SOUGAWARA qui va lui apprendre l’art de la laque. Ils vont plus tard s’associer durant plusieurs années jusqu’à ce qu’elle délaisse la laque pour des matériaux plus modernes, et que leurs chemins se séparent. Eileen utilise d’abord la laque de Chine puis lui préfère rapidement - sous l’influence de SOUGAWARA - la japonaise. Ellle exécute d’abord quelques pièces noires traditionnelles puis par la suite, utilise des colorants naturels permettant de nouvelles tonalités : le brun rougeâtre, le rouge vif, et surtout le bleu. A ces couleurs, elle ajoute parfois des incrustations d’argent, d’or et de nacre avant de les recouvrir d’une fine couche de laque.

Son premier client est Jacques DOUCET, qui, en 1913, lui achète le paravent appelé “Le Destin”. Plus tard, quand DOUCET fait aménager son nouvel appartement, 46, avenue du Bois par Paul IRIBE, celui-ci prit pour assistant Pierre-Emile LEGRAIN et fait de nouveau appel à Eileen GRAY pour créer quelques laques.

De 1927 à 1929, DOUCET entreprend cette fois de créer un ‘studio moderne” pour y installer ses nouveaux meubles et ses peintures contemporaines, parmi lesquels figurent la désormais célèbre Table aux lotus, au centre du Cabinet oriental. Il est certain qu’Eileen lui doit une partie de sa renommée, mais surtout, lui vaut une nouvelle clientèle. En 1915, elle retourne à Londres cette fois avec SOUGAWARA, et tente d’y vendre ses meubles, mais dès 1917, ne tenant plus, elle revient à Paris. En réalité du fait de la guerre, elle cesse un temps son activité pour ne la reprendre réellement qu’en 1919. C’est à cette date qu’elle reçoit l’importante commande de l’aménagement de l’appartement de Mme MATHIEU-LEVY, riche propriétaire du célèbre salon de modiste Suzanne TALBOT, rue de Lota. Cette commande est à l’origine d’une évolution importante du travail d’Eileen GRAY, la premlière étape qui l’amena de la simple décoration à l’architecture.

Les commandes n’étant pas à elles seules suffisamment rentables, Eileen GRAY décide de trouver un lieu pour exposer ses créations destinées à la vente. Ainsi, elle ouvre en 1921, la galerie Jean DESERT, 217, rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. La clientèle d’Eileen GRAY compte beaucoup de gens célèbres parmi lesquels : le Président du Conseil Raymond POINCARE, Maurice THOREZ, Maurice MARTIN du GARD, Jenny BRADLEY, Henri LAURENS, Charles SICLIS, ou le Vicomte Charles de NOAILLES. Parallèlement, elle présente son travail lors de certaines expositions d’art décoratif, celui-ci présente parfois des critiques véhémentes mais aussi et surtout l’admiration des créateurs modernes comme Pierre CHAREAU, Rob MALLET-STEVENS, ou encore l’architecte hollandais Sybold VAN RAVESTEYN, membre du groupe De Stijl.

L’année 1920 est une date charnière pour Eileen GRAY, puisqu’elle fait la rencontre de Jean BADOVICI, architecte, qui va jouer un rôle important auprès d’elle, aussi bien d’un point de vue personnel que professionnel. Grâce à lui, elle fait la rencontre des architectes LE CORBUSIER et OZENFANT, et se familiarise avec les différents mouvements modernes - constructivisme, Bauhaus, De Stijl. Ces conceptions deviennent marquées par des préoccupations architecturales, car en effet, elle s’intéresse à présent tout particulièrement aux meubles encastrés et aux nouveaux matériaux comme l’acier tubulaire et le chrome.

L’année 1924 est un véritable tournant, car Jean BADOVICI la pousse à se tourner vers l’architecture bien qu’elle ne reçut jamais aucune formation pour cela. Sceptique dans un premier temps, elle se décide finalement en 1926, à construire sa première villa. Elle le fait pour Jean BADOVICI à Roquebrune-Cap-Martin, et la nomme E1027. Ce nom est énigmatiqe, mais il est en réalité un hommage à Jean BADOVICI et à elle-même : “E” pour Eileen, “10” pour le “J” de jean (la dixième lettre de l’alphabet), “2” pour “B” et “7” pour “G”.

Elle va concevoir cette maison dans un esprit résolument moderne, des murs jusqu’à l’ensemble du mobilier : les tables, les sièges, placards ont été réalisés à l’aide des matériaux les plus novateurs, et sont conçus de façon à être extrêmement mobiles et transformables. Ce type de meubles pliants et escamotables va d’ailleurs devenir une des caractéristiques du design d’Eileen GRAY qui ne cherche plus désormais à créer de beaux objets uniques, mais dans un esprit progressiste, souhaite pouvoir produire ses créations à plus grande échelle. Ses meubles relèvent donc plus de prototypes, faits pour être produits en série et vendus à la Galerie Jean DESERT. Ainsi, de 1926 à 1929, elle conçoit nombre d’objets à partir de tubes métalliques, la plupart d’entre eux précédant ceux de LE CORBUSIER (dont les premiers apparurent en 1928), de Mies VAN DER ROHE et Charlotte PERRIAND. Mais comme pour ces autres créateurs, la production en série restera une utopie, et ce n’est que bien longtemps après leur création que seront faites les éditions de ces meubles à grande échelle.

C’est donc pour cette maison qu’elle conçut les meubles les plus célèbres et importants de son oeuvre aujourd’hui, comme la chaise transat, le fauteuil Bibendum, la table basse E1027 et diverses autres pièces tout aussi spectaculaires.

L’année 1929 est marquée par la création de l’Union des Artistes Modernes en réaction au conservatisme du Salon des Artistes Décorateurs et bien évidemment, Eileen GRAY en est un membre actif aux côtés entre autres, de Francis JOURDAIN, Pierre CHAREAU, LE CORBUSIER et Rob MALLET-STEVENS. Elle décide ensuite de se construire sa propre maison au lieu-dit Castellar près de Menton, qu’elle appela Tempe a Palla. Elle conçoit là encore, tout le mobilier, et elle l’intègre encore davantage à l’architecture. La Maison est achevée en 1934, et entre-temps, elle continue à créer des paravents, utilisant cette fois des matières bien différentes de celles de ses débuts comme le celluloïd.

A partir de 1936, soucieuse des problèmes sociaux, elle s’attache cette fois à concevoir divers projets dont aucun, hélas, n’aboutira. Elle participe malgré tout à l’Exposition Internationale de 1937 à Paris, invitée par LE CORBUSIER à présenter un stand dans le Pavillon des Temps nouveaux, elle expose un projet de centre de vacances. Mais vers 1939, Eileen s’aperçoit que sa vue se détériore et qu’elle souffre de tremblements ; par ailleurs la seconde guerre mondiale vient d’éclater et va, comme la précédente, profondément la marquer, si bien qu’à son issue, elle fut extrêmement préoccupée par la nécessité de reconstruire les villes ravagées, et trace de nombreux plans d’urbanisme. Sa manière de travailler a évolué et à présent, elle consacre son activité créatrice à l’élaboration de projets pour des lieux publics. En 1946, elle travaille sur un projet de Centre Culturel, voyant dans ces centres un moyen de remédier au “désert culturel” de la province française. Ce fut son dernier grand projet, annonçant à la lettre près le programme de décentralisation culturelle qu’André MALRAUX allait initier quelques années plus tard en développant les Maisons de la culture.

Son ultime aménagement est une maison nommée Lou Pérou, acquise pour remplacer celle de Castellar qu’elle venait de vendre. Elle commence le projet à l’âge de soixante-quinze ans pour ne l’achever qu’à l’âge de quatre-vingts ans, dans un endroit appelé Chapelle Sainte-Anne. C’est une maison pièce unique, dans laquelle elle va notamment enteprendre un cloisonnement des pièces existantes pour créer différents espaces, réalisant une remarquable fusion entre les espaces nouveaux et anciens.

C’est seulement à la fin de sa vie et à sa plus grande surprise, que l’on s’intéresse à nouveau à son oeuvre, à la suite de la vente du contenu de l’appartement de Jacques DOUCET.

Elle meurt quelques temps plus tard, le 31 octobre 1976.

 

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