Homepage

Francis JOURDAIN (1876-1958)

 

Francis JOURDAIN est né à Paris, le 2 novembre 1876. Il est le fils de l’architecte Frantz JOURDAIN (1847-1935), fondateur du Salon d’Automne et bâtisseur de la Samaritaine qui fut égaleòent l’un des premiers architectes à utiliser le fer, à la fois comme matériau de construction, mais aussi comme élément décoratif. Dès sa sortie du lycée Condorcet, Francis JOURDAIN s’oriente vers une carrière artistique et étudie d’abord le dessin chez le sculpteur Joseph CHERET, puis à l’Académie Humbert, dans l’atelier de GERVEX et chez le peintre-décorateur Adrien KARBOWSKY, collaborateur de Puvis de CHAVANNES. Enfin, il finit sa période d’apprentissage chez le peintre-verrier CLAMENS, qui le prépare au concours d’ouvrier d’art.

De 1891 à 1899 alors même qu’il est encore lycéen, il devient politiquement très actif au sein du mouvement anarchiste et publie ses premiers articles dans « La Révolte » et « L’Emancipation du peuple ». C’est en 1891 qu’il rencontre Alexandre CHARPENTIER, sculpteur et décorateur ami de son père et le groupe des six (l’architecte Charles PLUMET, le céramiste Jean DAMPT, le créateur de meuble Tony SELMERSHEIM, le joaillier Henri NOCQ et l’ébéniste Félix AUBERT), avec lesquels il découvre les idées rationalistes et une nouvelle façon d’envisager les arts décoratifs.

En effet, il affirme qu’il fut détourné des études d’architecture que son père aurait voulu le voir entreprendre, par son intérêt pour les arts appliqués. Paradoxalement, l’architecture sera pour lui vingt ans plus tard la seule solution permettant de résoudre l’impasse dans laquelle se trouvaient les arts décoratifs en raison des recherches rendues stériles par l’importance accordée à l’ornement.

Pourtant, il sera d’abord peintre jusqu’en 1912, développant un style proche des Nabis malgré certaines incursions dans le domaine des arts décoratifs avec la réalisation de panneaux décoratifs et de paravents qu’il présente parfois à côté de ses peintures lorsqu’il expose chez LE BARC de BOUTTEVILLE. Il fréquente alors tous les artistes de son temps parmi lesquels Emile BERNARD, qu’il seconda un temps lors de l’exécution de ses grandes décorations pour l’amphithéâtre de chimie à la Sorbonne, Félix VALLOTON, Eugène CARRIERE et Rupert CARABIN mais aussi rencontre Henri de TOULOUSE-LAUTREC avec lequel il lia une amitié durable.

Il s’installe d’abord dans un atelier 20, rue de Navarin pui 8, rue de Milan et expose régulièrement dans les différents salons de peinture. Il participe également à divers projets en s’associant parfois à d’autres créateurs comme ce fut le cas en 1902 où, en collaboration avec Henri SAUVAGE et Alexandre CHARPENTIER, il réalise le décor de la villa Majorelle de Nancy. Pourtant rapidement il est insatisfait de sa peinture et préfère cesser de s’y consacrer. Il se tourne vers les arts décoratifs, activité qu’il pratiquait déjà parallèlement à sa peinture, dans le but de donner corps à un mobilier qui s’adapterait mieux aux besoins de ses contemporains et qui surtout serait débarassé des ornementations excessives dont il était le plus souvent doté et que JOURDAIN exécrait.

Francis JOURDAIN n’en était pas à sa première tentative dans le domaine car sa première réalisation de mobilier date de l’année 1900, où, associé au groupe des six, il présente à l’Exposition Universelle de Paris, une maquette d’un intérieur ouvrier pour un artisan et sa famille appelée « Le foyer moderne », jamais construit faute d’argent. La deuxième réalisation connue de Francis JOURDAIN est un buffet conçu en collaboration avec Edouard COUSIN, présenté au deuxième Salon d’Automne. Il n’a alors pas eu l’occasion de réaliser un ensemble complet mais se voit confier dès 1906 l’aménagement d’un intérieur, 8 bd Pereire à Paris, composé de trois pièces meublées avec du mobilier en teck strictement fonctionnel et dépourvu de moulure. Cet intérieur bien qu’encore empreint du style Art nouveau présente déjà les caractéristiques de ses oeuvres à venir, comme l’assujettissement de la structure à la fonction et des meubles à fonctions combinées.

En 1912, Francis JOURDAIN abandonne définitivement la peinture et se consacre à présent totalement à la création de mobilier dit « interchangeable », fondant à l’aide d’un compagnon « Les Ateliers Modernes » à Esbly pour lesquels fut publiée une plaquette de présentation contenant une préface de son ami Octave MIRBEAU, un texte de Léon WERTH et diverses illustrations d’intérieurs réalisées par Francis JOURDAIN. Il crée alors non seulement le mobilier à bas prix, mais aussi une grammaire de formes qui lui est propre et tente d’adapter les formes et les matériaux de ses créations à la production de meubles en série.

En 1913, les Ateliers Modernes déménagent dans des ateliers à Belleville et Francis JOURDAIN s’installe de nouveau à Paris dans l’emmeuble moderne construit 26 rue Vavin, par l’architecte Henri SAUVAGE. La même année, il expose au Salon d’Automne le mobilier de son appartement coòposé de meubles en bois rationnels à fonctions combinées. Il fait alors sensation mettant de son côté tous les créateurs qui cherchaient à appliquer aux arts décoratifs les concepts modernes du fonctionnalisme.

Dès lors, JOURDAIN poursuit ses recherches d’économie d’espace et de diminution du coût de la décoration intérieure à travers la création de plusieurs séries de meubles inter-changeables qui verront le jour successivement et seront fabriquées par divers éditeurs comme la S.A.P.D.A. en 1919 et les « Annales » en 1923, Francis JOURDAIN souhaite par ses créations offrir la possibilité à tous les budgets d’avoir un mobilier qui s’adapte à tous les modes de vie et à tous les intérieurs.

Parallèlement, à la fermeture des Ateliers Modernes, JOURDAIN s’associe en 1918 à la Société Innovation qui financera ses stands aux expositions d’art décoratif et surtout son magasin « Chez Francis Jourdain », ouvert en 1919, 2 rue de Sèzes à Paris. Dans cette boutique, Francis JOURDAIN étend ses créations à l’ensemble des éléments nécessaires à un aménagement enproposqnt à la fois des luminaires, de la verrerie, des céramiques, des tapis et des tissus.

Toutefois, Francis JOURDAIN ne travaille pas seulement pour les aménagements intérieurs de particuliers mais réalise aussi divers travaux d’agencement pour des bureaux et boutiques, comme ceux de la société d’éclairage Lazare Lévy en 1917, le salon de thé « Petit Teddy », la confiserie « Teddy », le restaurant-bar américain « Grand Teddy » en 1918-1919, le Claridge shop, les Toiles Basques et les Editions Crès.

En 1920, ses présentations au Salon d’Automne montrent sa volonté d’adapter ses idées modernes aux chambres d’enfants et à leurs jouets, s’efforçant de créer pour eux un environnement à la fois rationnel et hygiénique. Il présente à cette occation une étonnante nursery au Salon d’Automne et en réalise une sur commande pour Mme James de ROTHSCHILD, montrant l’adaptation de ses principes à la création d’un univers pour l’enfant. Il bénéficie d’une clientèle variée et travaille avec de nombreux éditeurs, tels que « A la Place de Clichy », qui éditent ses tapis et certaines de ses salles à manger, avec la Maison Tricotel pour laquelle il conçoit un mobilier de jardin, avec la Société Messidor, mais aussi avec Abel MOTTE, qui sera, à partir de 1920, l’éditeur exclusif de ses sièges et d’une de ses salles à manger.

En 1925, lors de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels de Parism il reçoit deux commandes importantes, l’une émanant de la Compagnie des Chemins de Fer Paris-Orléans qui le charge de la création d’un Wagon-fumoir, l’autre du Pavillon du Salon des Artistes Décorateurs, où il reçoit la commande d’un fumoir et d’une salle de culture physique pour l’Ambassade française. Les contributions de JOURDAIN à l’exposition de 1925 ne sont pas plus destinées à un public populaire que celles de RUHLMANN, mais elles expriment malgré tout des préoccupations éminemment modernes : le sport et les transports.

Parallèlement, c’est à cette époque qu’apparaît dans son discours l’idée du « Bazar », notion récurrente dans nombre de ses écrits. En effet, lassé de voir présentées lors de ces grandes expositions des pièces uniques, surchargées d’ornements passéistes, destinées à une élite, il allait chercher une solution à ce qui lui semblait à présent insupportable. Une idée lui apparaît, un jour où il entend des visiteurs comparer ces expositions à de vastes bazars. Il semble justement que la solution est inclue dans ce reproche et qu’il serait plus intéressant pour le plus grand nombre, que les créateurs s’intéressent  à présent aux objets habituellement réservés aux bazars, pour ainsi rendre plus utile et qccessible le fruit de leurs recherches. JOURDAIN devra pourtant attendre l’Exposition Internationale des Arts et Techniques de 1937, pour enfin voir aboutir son projet au sein du pavillon de l’U.A.M.

La même année, il participe à la décoration de la Villa Noailles à Hyères, construite par Robert MALLET-STEVENS pour le vicomte Charles de NOAILLES. D’autre part, il prend conscience qu’il est difficile de réaliser du mobilier à bas prix avec des moyens artisanaux et que ses recherches sur la production en série d’un mobilier de qualité destiné au plus grand nombre, le conduise dans une impasse. Un an plus tard, suite à des malentendus avec ses financiers, il perd sa boutique et, refusant d’abandonner la décoration, il ouvre cette fois un atelier chez lui, 26 rue Vavin. Il est alors contraint de cesser de faire éditer des meubles vendus sur catalogue et se consacre principalement à l’aménagement d’intérieurs pour des particuliers.

Durant l’année 1926-1927, il rénove un appartement pour M. Roger DRAEGER et en 1928 un autre pour René GAS. Ces deux intérieurs témoignent de la même volonté de maximalisation des espaces restreints avec des meubles simples et rectilignes afin de créer des espaces rationnels et harmonieux dans des appartements urbains toujours plus petits. Il reçoit également de nombreuses commandes d’amis et de proches comme Jan MARTEL qui lui demandera d’aménager son studio, Chana ORLOFF, son fils Frantz-Philippe, Hélène HENRY ou encore Rob MALLET-STEVENS, pour lequel il conòut plusieurs pièces de mobilier.

En 1929, plusieurs artistes-décorateurs parmi lesquels Charlotte PERRIAND et René HERBST se voient refuser le droit d’exposer ensemble leurs créations au Salon des Artistes Décorateurs et en conséquence décident de se grouper dans une nouvelle structure pour y exposer leurs créations et défendre leur vision de la création moderne. Francis JOURDAIN co-fonde, alors associé à ces jeunes créateurs, l’Union des Artistes Modernes le 15 mai 1929, qui sera complétée en 1934, par un manifeste intitulé « Pour l’art moderne, cadre de la vie Contemporaine ». Cette création a un important retentissement dans le monde des arts décoratifs et modifie durablement le travail de ces créateurs qui souhaitent voir évoluer leur profession.

Ses deux dernières grandes réalisations sont parmi les plus importantes, l’une fut présentée dans le pavillon de l’U.A.M. à l’Exposition Internationale des Arts et Techniques de 1937 et l’autre réalisée pour le Collège de France. La première, un logis type pour une travailleuse manuelle ou intellectuelle est dans la lignée des préoccupations sociales qui l’animaient, les principes de cette réalisation étant fondées sur le peu d’espace généralement accessible à un budget modeste. La seconde était une commande pour le bureau du directeur du Collège de France qui fut achevée en 1938.

A partir de cette date, Francis JOURDAIN se consacre presque exclusivement à ses engagements politiques, associatifs et à ses activités de critique et d’écrivain et rédige ses mémoires en trois volumes, « Né en 76 », « Sans remords ni rancune », et « Jours d’alarme ». Il reste cependqnt actif et écrit de nombreuses critiques dans plusieurs journaux comme « La pensée, « L’Europe » et « Le Point » et fut jusqu’à sa mort, ce rôle lui tenant à coeur, Président du Secours Populaire.

Il s’éteint à Paris le 31 décembre 1958.

 

Autres biographies

Présentation Art NouveauCréateurs Précieux U.A.M.(Union des Artistes Modernes) Biographies Artistes L'actualité du Musée Expositions temporaires, prêts, échanges

   
© Chateau de Gourdon 2006
réalisation Orbicom
/ PH+