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Jean DUNAND (1877-1942)

 

Après des études à l’École des Arts Industriels de Genève, il vient à Paris en 1896 et adopte la nationalité française. Il pratique d’abord la sculpture avec Jean DAMPT et présente un buste à l’Exposition Universelle de 1900. En 1904, il participe au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts, à la fois dans la section sculpture et dans la section arts décoratifs avec des ouvrages de métal. Cette même année, le musée des Arts Décoratifs de Paris lui achète un vase de cuivre repoussé.

DUNAND utilise avec une exceptionnelle maîtrise tous les procédés de décoration sur métal. Il pratique le martelage, le repoussé, la ciselure, la gravure sur toutes sortes de matières : cuivre, étain, nickel, plomb, argent, acier, bronze. Il les incruste d’or, d’argent, de nacre, les recouvre de laque, les oxyde, les patine de mille façons différentes, les décore d’émaux champlevés ou cloisonnés. Il exécute des vases décoratifs, des plateaux, des boîtes, ainsi que des plats de reliures et des bijoux. Avant la guerre, certains de ses vases affectent volontiers la forme de divers fruits ou encore sont ornés de motifs en relief comme le cobra très en vogue. Les décors sont d’abord inspirés de la nature, notamment des plumes de paon. Au Salon des Artistes Décorateurs de 1910, “il s’affirme un maître dinandier d’une valeur unique” avec des formes travaillées et des reliefs d’inspiration florale et notamment un vase en plomb martelé.

À partir de 1920, les formes deviennent très pures et les décors, souvent stylisés, géométriques, se réclament volontiers de l’abstraction et du Cubisme.

C’est en 1912 que Jean DUNAND s’initie au travail de la laque avec un artiste japonais : SURAGAWA. Des vases en métal, il passe bientôt à l’ornementation de panneaux décoratifs en bois, de paravents, de meubles qui constituent le second volet de son talent.

Gabriel HENRIOT, qui rend visite à DUNAND en 1926, précise que rue Hallé, à Paris, où il s’est établi, on trouve face à face, et aussi actifs les uns que les autres, les ateliers du métal, ceux de l’ébénisterie et ceux de la laque. Dans ces derniers, le travail se déroule exactement comme en Extrême-Orient. Non seulement les terres, les résines sont importées du Japon, mais la main-d’oeuvre est asiatique et utilise les procédés de ses ancêtres. Après les innombrables opérations qu’exige cette technique délicate, les panneaux laqués sont placés, afin de durcir, dans une sorte de “chambre citerne dans laquelle on entretient une humidité constante en faisant couler l’eau sur les parois”. L’ensemble des ateliers n’occupe pas moins de quarante personnes en permanence et ce chiffre s’élèvera à une centaine au moment des travaux entrepris pour la décoration du paquebot Normandie.

L’épaisseur et la résistance des laques de DUNAND, le caratère parfaitement original de ces décors, même si des souvenirs d’Extrême-Orient s’y glissent parfois, lui attirent une clientèle considérable, y compris celle des Japonais eux-mêmes. Ces oeuvres font l’objet d’autant de recherches que les objets en métal. La laque naturelle ou dirversement colorée est gravée, sculptée en relief, arrachée, incrustée de nacre, de pierres, ou encore de coquille d’oeuf broyée ou écrasée en minuscules fragments. DUNAND explique : “Rien qu’avec cette coquille d’oeuf, on peut obtenir des effets très variés suivant qu’on l’applique dans la laque fraîche en grands morceaux écrasés, le côté interne de l’oeuf sur le dessus ou, au contraire, le côté externe, ou bien en petits morceaux juxtaposés ou encore saupoudrés en grains fins” (entretien avec M.-A. DAYOT, Art et Technique, 1936).

Les décors, d’une infinie variété, sont tantôt géométriques, cubistes, mais plein d’originalité et d’invention, tantôt naturalistes. Il en dessine lui-même en grand nombre. D’autres lui sont fournis par des peintres amis tels que Jean LAMBERT-RUCKI et Jean GOULDEN. Un paravent est décoré d’un félin d’après un dessin du grand animalier Paul JOUVE, un autre d’un paysage d’après WAROQUIER. Des fleurs, des feuillages, des oiseaux, des poissons exotiques, des animaux fabuleux évoquent parfois l’Asie Orientale ou la Perse.

Infatiguable, « bourré d’idées », DUNAND sculptait lui-même ses panneaux, y passant fréquemment des nuits entières. A l’origine, ses grandes décorations laquées étaient constituées de panneaux de bois, mais après l’incendie du paquebot L’Atlantique, pour lequel il avait travaillé en 1931, il exécuta en stuc, en particulier pour le Normandie. Il tenta même d’adopter le stuc au mobilier, sans toutefois parvenir à mettre véritablement au point les quelques prototypes sortis de ses ateliers.

Outre ses paravents et ses panneaux décoratifs, DUNAND revêt de laque nombre meubles, les uns réalisés par des artistes décorateurs avec lesquels il collabore volontiers : LEGRAIN, PRINTZ, RUHLMANN, les autres exécutés dans ses propres ateliers de menuiserie.

Les premiers meubles en laque de DUNAND sont présentés à la galerie Georges PETIT en 1921, dans l’exposition collective d’un groupe qui comprend également le peintre JOUVE, l’émailleur Jean GOULDEN, le peintre graveur François-Louis SCHMIED.

A l’Exposition de 1925, il exécute, avec Léon JALLOT et le sculpteur Charles HAIRON, le fumoir d’« Une Ambassade française ». Il collabore aussi avec RUHLMANN. Dans l’ « Hôtel du Collectionneur », un meuble de ce dernier est orné par lui d’un panneau représentant un âne et un hérisson. En 1929, dans l’hôtel particulier de l’ambassadeur Philippe BERTHOLET, près des Invalides, il fournit, pour la chambre à coucher, un lit en laque noire orné de poissons et de fleurs marines qui voisine harmonieusement avec une armoire chinoise en laque d’époque Ming. Dans le fumoir du paquebot Normandie, lancé en 1935, ses quatre grandes décorations murales, en laque d’or sculptée en relief, représentent les Sports, la conquête du cheval, la Pêche et la Chasse.

Les quelques exemples qui viennent d’être cités n’offrent q’un bref aperçu de l’activité de Jean DUNAND, tant en ce qui concerne l’art de la laque, qu’il a marqué de son exceptionnelle personnalité, que celui de la dinanderie, dont il poursuit la production. Toutes ses œuvres connaissent un succès croissant. Et peut-être seront un jour recherchés comme des objets d’art, les survivants, s’il en subsiste, des quelques milliers de casques en acier au manganèse, à visière amovible, qu’il avait dessinés et fabriqués pour l’armée française peu avant l’armistice de 1918.

 

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