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Pierre LEGRAIN (1889-1929)

 

Fort réputé comme dessinateur de reliures, il était devenu, en 1908, le premier collaborateur de Paul IRIBE qui aménageait alors l’appartement de Jacques DOUCET. C’est ce dernier qui le chargea d’habiller des œuvres originales et des manuscrits contemporains de sa célèbre bibliothèque. Mais cette rencontre avec le grand couturier parisien aura pour LEGRAIN d’autres conséqueces. A son contact et à celui des artistes qu’il fréquente – PICASSO, DERAIN, BRANCUSI – il se familiarisera avec l’Art Africain et avec le Cubisme. Son œuvre, non seulement de relieur mais de décorateur, conservera l’empreinte de cette double influence.

Les meubles de Pierre LEGRAIN se présentent donc sous deux aspects différents. Quelques-uns se réclament d’une grande rigueur architecturale ; une rigueur qui n’exclut pas pour autant toute recherche décorative, voire un certain luxe : modèles souvent uniques, matériaux rares et précieux, couleurs vives et contrastées. LEGRAIN, qui travaille en indépendant, en dehors de toute école, n’hésite pas à tenter des expériences. En 1929, son piano mécanique Pleyela, en verre et en métal, laisse « apercevoir le jeu des cordes, décor imprévu dont nous découvrons pour la première fois la beauté » (Henri CLOUZOT). Dès 1921, au Salon des Artistes Décorateurs, il avait exposé une coiffeuse rouge et noire en forme « d’oméga renversé » à propos de laquelle Emile SEDEYN parlait de « …l’élégance logique et dépouillée d’une pièce mécanique réussi … sans ornement, sans relief, ne serait pas plus déplacée dans un coin de station électrique ou de salle de moteurs que chez la dame d’aujourd’hui qui, sans doute, s’apprête à l’accueillir ». L’autre visage de la production de Pierre LEGRAIN vient de l’équateur et des tropiques, même si l’influence du Cubisme reste souvent sous-jacente. Meubles et sièges les plus typiques évoquent, par leur forme et leur décor, l’art brut des idoles et des objets mobiliers de l’Afrique noire. Massifs, robustes, ils sont taillés dans des bois exotiques tels que l’ébène ou le palmier, auxquels s’ajoutent des matières insolites – cuir, parchemin, toile cirée, nacre, glace, métal. Certaines œuvres, tel un siège en bois laqué de la collection Doucet, vendu en 1973, s’inspirent même directement de leurs lointains modèles.

Fils d’un industriel, Pierre LEGRAIN avait étudié à l’Ecole des Arts Appliqués Germain PILON, la peinture, la sculpture, la décoration théâtrale, avant de faire la connaissance de Paul IRIBE auquel il fournit des projets de bijoux, de meubles et décors intérieurs. L’art de la reliure, qu’il aborde à la demande de Jacques DOUCET, constitue pour lui un domaine entièrement nouveau auquel il apporte des conceptions réellement originales et inédites. Il se contente de dessiner des projets qui sont réalisés par les relieurs les plus en vue de l’époque, dont René KIEFFER. Il travaille, en cette matière, pour de nombreux bibliophiles.

Réformé en 1916, LEGRAIN desine pour différents journaux dont L’Assiette au beurre et Le Mot. En 1919, il se marie et s’installe rue du Val-de-Grâce. Sa collaboration avec Jean DOUCET, renforcée par le départ de Paul IRIBE pour les Etats-Unis en 1914, se traduit par des meubles et des décors pour l’appartement de l’avenue du Bois puis, après 1925, pour un studio de Neuilly. En 1924, au Salon des Artistes Décorateurs, il présente avec Pierre CHAREAU, Robert MALLET-STEVENS, RUHLMANN et un autre grand couturier Paul POIRET, un stand collectif - « la réception et l’intimité d’un appartement moderne » - qui soulève maints commentaires. Avec DOMINIQUE, Pierre CHAREAU, Jean PUIFORCAT et Raymond TEMPLIER, il fait partie du Groupes des Cinq. Comme nombre de ses confrères, il conçoit des ensembles complets, depuis les murs et le mobilier jusqu’aux tapis, aux appareils d’éclairage, aux cadres de tableaux, aux socles de statues et aux poignées de portes sans oublier le jardin. Il aménage plusieurs villas, des appartements dont ceux de MM. Piere MEYER et Maurice MARTIN du GARD ainsi qu’une chambre à coucher pour le vicomte de NOAILLES. Il meurt en pleine activité le 17 Juillet 1929, le jour même de son emmégement boulevard Brune où il avait décidé de s’installer.

 

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